Interview : Yuki Kajiura nous parle de son travail

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On ne présente plus la compositrice Yuki Kajiura. De Madoka à Fate/zero en passant par Xenosaga, .Hack, Sword Art Online ou encore son groupe Kalafina, Yuki Kajiura s’impose aujourd’hui comme l’une des référence incontestée du milieu de l’animé, enchaînant les projets de qualité avec un style inimitable.

Voici une interview très récente (fin janvier 2016) traduite du japonais par nos soins ! Vous en apprendrez plus sur cette compositrice discrète mais dont les musiques vous enchanteront des années durant.
Yuki Kajiura

Yuki Kajiura

Cette compositrice de talent, véritable monument du milieu continue son ascension en multipliant les projets les plus ambitieux, notamment avec la série déjà mythique Sword Art Online,  Erased, dont la diffusion commence tout juste en France via Wakanim, ou encore en organisant des concerts à travers le Japon. Son planning est donc des plus chargés !
C’est dans ces journées haletantes, qu’elle a pris le temps de répondre à quelques questions sur son travail concernant la composition pour le dessin animé, notamment les séries les plus récentes.

Soulagement en voyant le premier épisode

Q: Vos compositions sont souvent mémorables car elles collent parfaitement à l’univers des oeuvres et reçoivent les éloges des fans d’animation. Comment naissent ces mélodies ?

Yuki KajiuraGénéralement, les mélodies me viennent en lisant le manga ou le roman original, mais aussi lors des réunions au sujet de l’animé. C’est en écoutant les requêtes du réalisateur et du directeur du son  que l’image que je m’étais faite de l’atmosphère en lisant les scripts se cristalise dans ma tête. Avant, durant ces réunions, il m’arrivait de dessiner cinq lignes sur un cahier et d’écrire un brouillon de mélodie, mais ça devenait vite gênant, car on pensait que je me donnais de l’importance ! J’ai maintenant des cahiers où les lignes sont déjà tracées, et je note discrètement (rires), sachant qu’il arrive souvent que ces brouillons rapides montés spontanéments à mon esprits se transforment en thème principal par la suite ! C’est donc à partir de la passion que me transmet l’oeuvre mais aussi les directives enflammées de l’équipe de réalisation que la musique me vient à l’esprit.

Q:  Parmi les nombreuses oeuvres auxquelles vous avez collaboré, y en a t-il une qui vous a particulièrement marqué ?

Yuki KajiuraCette question est toujours compliquée car tous les projets me marquent beaucoup. Lorsque je commence à m’impliquer dans une oeuvre, cela signifie que je m’y plonge durant des mois entiers et j’y mets toutes mes forces, donc je ne peux pas vraiment dire qu’une oeuvre est au dessus d’une autre. Chaque projet a forcément un quelque chose… Je ne vois pas trop (rires).

Q: Parmi vos travaux récents, on trouve la sortie de « Sword Art Online Music Collection ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Yuki Kajiura: Tout a commencé quand j’ai composé la musique du trailer d’annonce de Sword Art Online. En lisant l’oeuvre originale, je me suis construit une image, puis on m’a montré les scripts et la vidéo. Tout cela s’est passé avant une réunion détaillée, et j’ai d’abord livré la musique. Lorsqu’on a finalement assemblé l’image et la musique, j’ai trouvé que la musique était un peu trop consistante.

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Quand j’ai composé pour Sword Art Online, l’un des points qui m’a posé problème était de savoir quel devait être le poids de la musique face au style graphique léger et mignon, surtout pour les premiers épisodes qui sont assez graves. Voilà pourquoi j’ai donné un aspect un peu grave et symphonique, mais en voyant l’assemblage, j’ai trouvé que ça ne collait pas aux style graphique plus léger. Par la suite, quand j’ai demandé au réalisateur s’il ne trouvait pas les thèmes trop pesants, il m’a répondu que c’était exactement ce qu’il fallait pour coller avec le scénario assez grave. J’ai donc continué à composer ainsi,  et c’est quand j’ai entendu le thème du personnage principal pendant le visionnage du premier épisode durant une réunion que j’ai trouvé que le tempo et la gravité collaient parfaitement. C’est alors que je me suis sentie incroyablement soulagée.

Q: Vous refletez non seulement l’histoire et le dessin, mais aussi tout ce qu’on vous dit au sujet de l’oeuvre.

Yuki Kajiura: Quand je compose une bande son,  je donne le plus d’importance à l’atmosphère et je m’invente un contenant dans lequel je visualise l’image que je me fais de la musique qui va naître.  Je détermine la pression et la propagation acoustique, la place accordée à l’émotion et la tension; mais aussi la couleur, la température, l’amplitude… en me demandant comment ces éléments vont remplir ce contenant. Voilà pourquoi je compose à partir de beaucoup de sources inspirantes. En dehors de l’oeuvre originale et du script, je m’intéresse aux dessins d’arrière-plans, au côté lumineux ou sombre de l’univers dans lequel ça se déroule, ce qui impacte grandement sur ma façon de composer. Cela dit, c’est vraiment en voyant le premier épisode assemblé avec l’image, la musique, les effets sonores et les voix que je réalise que ça colle (rires). J’essaie toujours de définir le cadre par moi-même et quand je regarde le premier épisode et constate que tout est parfaitement harmonieux, alors je suis vraiment soulagée.

Q: Dans ce cas, vous-arrive t-il de ne pas connaître ce soulagement ?

Yuki Kajiura : Par exemple, on va trouver dans une oeuvre un nombre importante de scènes de combat, et je dois donc en écrire en conséquence. J’essaie de fixer le tempo de l’ensemble des combats, entre des batailles plutôt lentes, d’autres plus sévères,  ou plus vives.  C’est là qu’il arrive que les musiques nécessaires pour ces scènes soient différentes de celles que j’avais imaginées. Alors je me rends que finalement telle ou telle oeuvre avait plutôt besoin de musiques de combat moins rapides, ou d’une tonique plus basse… oui tout ça arrive (rires).  Mais cela arrive aussi aux dessinateurs, une fois tout assemblé, il y a de nombreux imprévus.

Q: Toute l’équipe reste sous pression pendant la diffusion.

Yuki Kajiura: En réalité, il est possible de voir les épisodes terminés en avance pour confirmer certains points. Cependant, ça n’a étrangement pas la même saveur que de les voir diffusé à la télévision ! Je regarde en avance les vidéos qu’on m’envoie mais je fais toujours en sorte de voir les premiers épisodes lors de leur première diffusion télévisée. Comme ça n’est pas toujours évident, il m’arrive de les enregistrer pour les voir plus tard, mais quoi qu’il arrive je visionne tout et quand c’est une sortie en salle, je me rends au cinéma.

Q: Nous avons entendu dire que vous vous êtes rendue au cinéma pour « The Garden of Sinners »

Yuki KajiuraTout à fait, je préfère profiter du spectacle au milieu des spectateurs. J’aime voir les gens retenir leur souffle ou être pris par l’histoire. J’achète mon billet et fais la queue pour vivre ça avec tout le monde.

Q: Au sujet de « Erased » dont la diffusion vient de commencer, quelles sont vos impressions sur cette série ?

Yuki Kajiura: C’était compliqué !  A tel point que quand j’ai dit « ça va être difficile... » pendant une réunion, le directeur sonore m’a répondu « oui, ça va être compliqué ! « 

Erased - anime

Yuki KajiuraErased (Boku dake ga inai machi) est en un sens une histoire à héros mais baignée totalement dans une atmosphère glaciale avec des pointes de nostalgie, on n’y trouve pas d’éléments joyeux.  Bien que puisse sembler étrange, je me suis alors dit que la musique pouvait complètement bouleverser les choses. En effet, le rôle de la musique est sans doute important pour créer l’ambiance d’une série. Par exemple, Fujinuma (le héros), nous est présenté comme un looser au début (rires), mais on découvre vite son sens de la justice et il risque sa vie pour dénouer les problèmes clés du scénario. J’ai donc fini par lui créer un thème plutôt héroique et ardent. C’est parce que les choses ont plusieurs facettes, que ce travail était compliqué.

Q:  L’axe musical qu’on choisi a donc une énorme influence sur l’atmosphère d’une série.

Yuki Kajiura: De façon générale, j’essaie d’intercepter et de canaliser la nuance  sombre qui flotte autour de l’oeuvre pour l’appliquer sur l’ensemble de l’atmosphère par la suite. Dans Erased, on voit beaucoup de personnages, mais au final, toute l’histoire est une ligne droite sur la vie du héros, donc j’ai pu garder sa musique comme base sur laquelle m’appuyer.

Q: S’agissant d’une série d’un genre différent de l’univers fantasy de Sword Art Online, tout se passe au Japon, avec des sauts dans le temps. N’étais-ce pas trop difficile de garder un équilibre entre les visuels et la musique ?

Yuki Kajiura:  Les dessins ont ce charme particulier de l’ancien, ce qui colle très bien avec l’histoire; c’est ce côté nostalgique que j’ai voulu développer.  Mais il ne fallait pas non plus tomber dans l’excès de tristesse. En développant trop le côté rustique, on risquait de perdre l’aspect moderne de l’oeuvre. Cette série n’as pas demandé une musique si particulière. Elle se devait d’être discrète, en fond, mais j’avais très peur de me tromper car une nuance mal répartie dans la musique et c’est toute l’ambiance de la série qui changeait. Ayant adoré lire les mangas, je suis impatiente de découvrir la série à la télévision.

Des concerts plus amusant qu’avant

Q: Vous organisez de nombreux concerts, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet.

Yuki Kajiura:  Lorsque j’étais amateure, j’organisais souvent des concerts, mais à la différence de maintenant, c’était à l’époque le seul moyen que j’avais pour qu’on écoute ma musique. C’était donc plus par obligation que par goût, même si je n’aimais ou détestait pas spécialement ça.

Lorsque j’ai été reconnue en tant que compositrice, je me suis alors éloignée de la scène car les gens pouvaient écouter ma musique par d’autres moyens.  C’est alors qu’on m’a proposé l’idée d’un concert de chansons polyphoniques, ce qui m’a beaucoup plu. J’ai alors vraiment apprécié les joies de la scène, notamment la chance d’avoir un public devant soi qui réagit en temps réel. Quand je joue ma musique, le fait de voir tous ces gens en face si heureux de l’écouter, n’est-ce pas ce qu’on appelle le paradis ? ça m’a vraiment touché, et je fais maintenant des concerts pour le plaisir plutôt que pour travailler.

Kajiura_Live

Q: Vous prévoyez un nouveau concert le 21 mars 2016 « Yuki Kajiura LIVE Vol.#13 ~featuring SWORD ART ONLINE.  Pouvez-vous nous en dire plus ?

Yuki Kajiura:  C’est en réalité la première fois qu’un concert est centré sur une oeuvre unique. Jusqu’ici mes concerts s’appellaient « Yuki Kajiura » ou « Fiction  Junction » avec une sélection de mes pistes. Avec près de 3000 pistes dans mon répertoire, pas facile de se préparer et encore moins de choisir quelle piste jouer, tant j’ai l’embarras du choix ! Cette fois-ci, c’est beaucoup plus simple puisque je suis limitée à une bande son sur 4 CD (rires). Je suis impatiente d’y être.

Merci beaucoup !

Comprendre l’oeuvre; discuter avec les équipes… Voilà quelques indices qui nous ont permis de comprendre d’où venait l’incroyable profondeur des musiques de Yuji Kajiura.

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Source: Anisong Audio

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